Si seulement je pouvais hiberner de Zoljargal Purevdash
sortie : 10 janvier 2024
Un ado et ses petit·e·s frère et sœur doivent se débrouiller seul·e·s, sans leur père mort prématurément ni leur mère alcoolique. L’aîné néglige sa scolarité pour subvenir à leurs besoins.
Ainsi résumé, Si seulement je pouvais hiberner pourrait faire passer un film des Dardenne pour une comédie romantique, mais l’énergie de ce film est bien plus positive que son fil narratif et repose en grande partie sur le jeune comédien  Battsooj Uurtsaikh, dont c’est le premier rôle. La caméra ne le lâche jamais, tel une Rosetta des faubourgs d’Ulan Bator, dont apparait nettement la ségrégation spatiale entre immeubles modernes aux allures de métropole internationale, et quartiers de yourtes à perte de vue, chauffées au charbon et qui font de la capitale mongole l’une des villes les plus polluées du monde.
Le talent du gamin pour la physique lui permet de rêver à un horizon plus dégagé, le concours national ouvrant la voie d’une école à l’étranger. Aidé par des voisins attentifs, soutenu par un enseignant encourageant, il est tiraillé par entre son envie de sortir de la misère et la trahison familiale d’un tel départ.
Un beau portrait dans un contexte assez peu filmé, les films Mongols se faisant rares sur nos écrans.
sortie : 31 janvier 2024
Au japon, le terme de poétique d'« évaporé » désigne une réalité moins doucereuse ; il s’agit des 100 000 personnes qui chaque année disparaissent volontairement sans laisser de trace. Échapper aux dettes ou à un mariage arrangé, honte d’avoir perdu son travail, parfois un élément déclencheur qui parait dérisoire… le poids du carcan social, des règles implicites d’honneur motivent ces disparitions tellement intégrées à la régulation sociale qu’un juteux marché s’est créé autour : des « spécialistes » peuvent organiser votre volatilisation et les quartiers de Sanya, à Tokyo, et de Kamagasaki, à Osaka, sont notoirement le lieu où vous pouvez louer une chambre sans papier d’identité et trouver un travail à la journée, au pied des camions qui viennent chaque matin chercher de la main d’œuvre corvéable à merci.
Dans leur très beau livre d’entretiens et photos « Les évaporés du Japon » (disponible à Dialogues / Sew), Léna Mauger et Stéphane Remael ont retrouvé la trace de certains de ces disparu·e·s qui acceptent de confier leur parcours.
Le film de Kei Ishikawa tricote avec une grande élégance les fausses pistes induites par ces disparitions, les changements d’identité et nouvelles vies qui en découlent. Dans le cadre d’un film de genre thriller (un avocat est sollicité par une femme pour savoir qui est l’homme qu’elle avait épousé et qui avait surgit dans sa vie quelques années auparavant), A man dessine avec une grande finesse le portrait de chacun des personnages (le fils aîné, bouleversant) qui tentent de tracer leur voie.
sortie : 3 janvier 2024
Aller voir un film de Wang Bing, c’est comme se lancer dans une randonnée. On peut se dire « ouh là, ça va être long », mais chemin faisant l’hypnose s’installe et on en sort rincé·e mais heureux·se du chemin parcouru, la tête pleine d’images a priori anodines qui infusent lentement pour former le souvenir d’une expérience hors norme.
Aussi Jeunesse, premier volet d’une trilogie de ce réalisateur (découvert en 2002 avec l’impressionnant A l’ouest des rails), n’est pas un film de plus de 3h30 sur des forçats de la confection à Zhili, une mégapole spécialisée dans la production textile à l’ouest de Shanghai (300 000 travailleurs y convergent de toute la Chine !) mais un portrait de la jeunesse laborieuse confrontée au poids des conventions sociales (sur l’avortement, le mariage), aux conditions de travail ahurissantes (les cadences sont telles qu’on croit par moment que le film passe en accéléré), aux salaires de misère âprement négociés avec des patrons méprisants et insultants, à la violence qui s'invite à l'atelier sans préavis

Mais le quotidien de ces jeunes gens au comportement de grands ados et pourtant -pour certains- déjà parents, ce sont aussi les flirts le plus souvent sans suite, les loisirs qui semblent plus mornes encore que les longues heures de travail, l’omniprésence de la cigarette, la vie en communauté dans des appartements qui ressemblent à des squats juste au-dessus des ateliers, des espaces publics servant de dépotoirs.
Rien de bien réjouissant donc, mais la posture immersive de Wang Bing, sans explication ni jugement, laisse chacun se confronter à ce qu’il voit, à le relier à nos vies et modes de consommation, et à en tirer ses conclusions.
Avec Jia Zhangke (ils ont d’ailleurs le même âge), Wang Bing est un portraitiste exceptionnel de ses contemporains.

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