Films de patrimoine et reprises
Il y a un triple plaisir à découvrir un·e cinéaste à côté duquel on était passé : voir de bons films, avoir le sentiment d’une injustice réparée vis-à-vis de soi-même (« j’avais raté ça ! ») et disposer du recul de quelques décennies permettant d’évaluer la modernité de l’œuvre.
Le cycle Sidney Lumet me procure ce genre de plaisir, le cinéaste américain (mort en 2011) étant de ceux qui m’inspiraient un respect poli, sans avoir mesuré sa singularité. Quelle erreur !
à bout de course est le portrait tendu d’une famille militante contre la guerre du Vietnam, en cavale après un attentat qui a mal tourné. C’est haletant, subtil, superbement dialogué, tranquillement non-patriarcal (l’adolescent s’inscrit, sous les quolibets, au cours de « gestion domestique » de son école car ça lui semble normal, son père est cuisinier et assume ce rôle à la maison aussi), et finalement bouleversant dans son dénouement articulé entre le destin collectif et la liberté individuelle.
Avec Un après-midi de chien, l’écart est encore plus grand entre mon souvenir (un bon film de genre, rondement mené) et la réalité : le braquage (filmé en temps réel) est motivé par l’opération de changement de genre d’un des personnages (en 76 !) et le rôle qui a propulsé Al Pacino dans le sérail des grands acteurs est lui-même bisexuel. La tension qui anime la foule massée devant la banque est, elle aussi, traversée par les affrontements politiques (soutien de la communauté LGBT vs invectives réactionnaires), mais c’est aussi très drôle, avec des personnages de directeur d’agence et de cheffe du personnel qui versent assez vite dans un syndrome de Stockholm très décontracté.
Vivement la suite du cycle !